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Quand la presse diabolise les jeux vidéo

C’est un coup de gueule que je pousse aujourd’hui contre la presse. Cette presse française qui rivalise chaque jour pour nous trouver des scoops, des informations graveleuses pour garder son lectorat. Cette presse d’information qui finit par se mettre au même niveau que les journaux people dont le contenu est aussi vide que le cerveau des stars qui y figurent.

Double attentat en Norvège

Aujourd’hui je m’intéresse plus particulièrement au récent drame en Norvège où un individu a procédé à un double attentat faisant près de 100 morts. Outre le bilan humain catastrophique, c’est le profil du tueur fait par les médias qui m’intéresse. C’est le sujet que tous les journalistes ont au bord des lèvres : mais qui est cet individu ? Quelles étaient ses motivations ? Son mode opératoire ? Je ne décrirai pas cela dans cet article, du fait du très peu d’informations que nous avons à son sujet, la police norvégienne n’ayant pas décidé de communiquer la dessus pour le moment.

La profil du tueur établi…selon sa page Facebook

Le suspect étant en ce moment même interrogé par la police norvégienne, la presse à bien dû dresser son profil. Aussitôt que les informations sur son identité aient fuitée, ils se sont tous rendu sur son profil Facebook. Parce qu’on le sait tous, quand on a rien à se mettre sous la dent, on cherche les petits détails insignifiants et on met tout ça en avant. C’est ce que la presse française, européenne et internationale fait en ce moment. Via sa page Facebook (aujourd’hui désactivée) on y apprend qu’il a 32 ans, qu’il est proche des fondamentalistes chrétiens, qu’il est conservateur et qu’il aime la chasse. La presse passe bien entendu sous silence ses préférences musicales,  télévisuelles,  littéraires ou ses activités et intérêts mais s’arrête sur ses préférences en matière de jeux vidéo: World of Warcraft et Modern Warfare.

Bingo !

C’est le mot magique, le lien est tout trouvé, il aime jouer à World of Warcraft et Call of Duty, il est donc tout à fait normal que celui-ci ait tué 90 personnes. C’est un raccourci tellement facile que cela ne choque même plus personnes si ce n’est les joueurs. Les journaux diront qu’à force de jouer celui-ci a confondu le monde virtuel dans lequel il évoluait avec le monde réel dans lequel il vivait. Hop pour les médias, l’affaire est bouclée, on imprime ça en quelques millions d’exemplaires et on distribue ça aux mères de familles inquiètes de voir leur enfant tuer des sangliers sur l’ordinateur.

La presse n’en est pas à son premier coup d’essai

C’est de plus en plus fréquent que la presse fasse le rapprochement un peu trop vite. Rétrospective non exhaustive; En 2006, un jeune Moscovite tue 8 personnes juives. Celui-ci lisait des revues antisémites, la presse passe presque sous silence cette information. Mais quand on apprend que son jeu vidéo préféré était Postal, alors celle-ci ne manque pas de le mentionner. Et la thèse du jeu vidéo qui a attisé sa violence et sa haine n’est plus très loin au point de la mettre au premier plan. Ai-je dit raccourci ?
En 2009, un jeune homme (encore) tue sa mère à coup de révolver car celle-ci lui avait confisqué son jeu vidéo favori Halo 3.

On compte les affaires mêlant les jeux vidéo et les meurtres sur les doigts d’une main. Seulement les conséquences en sont mondiales. Ainsi en 2008, GTA IV a été banni de Thaïlande après qu’un un jeune homme pauvre et désespéré se soit un peu trop inspiré du jeu pour tuer un chauffeur de taxi, lui dérober son argent et aller acheter le dernier opus des studios Take-Two Interactive. À la suite de ça, le ministre de la culture du gouvernement thaïlandais a demandé à ce que des restrictions soient imposées dans les lieux où l’on pouvait jouer à ce genre de jeux vidéo violent comme dans les Cyber-café.

Des études à foison…

Nous voyons donc apparaitre depuis quelques années un nombre conséquent d’études sur le facteur d’importance qu’ont les jeux video violents sur les individus. Des études de 2006 et de 2010 démontrent qu’il n’y a pas de preuve concluante que les jeux vidéo violents ont un impact plus important sur les joueurs que n’importe quel autre media violent, comme les films ou les clips musicaux (source: Gamerblog). Études insuffisantes pour les gouvernements qui n’hésitent pas à passer à l’action.

…Pour des lois à la con

Ainsi en 2006 un député californien dépose un projet de loi visant à prohiber toute vente, distribution, ou location de jeux vidéo violents à des mineurs. Plus récemment en 2010, lors de la session des enfants au parlement de l’île de la Réunion, une école a proposé une loi visant à mieux garantir le droit à l’éducation à la santé, à responsabiliser les pouvoirs publics et les industries de jeux vidéo dans l’éducation à la santé et la protection des enfants et des adolescents contre la cyberaddiction. Lors de ce débat on pourra entendre que « le jeu peut rapidement dégénérer en dépendance. Les conséquences sont alors très graves : fatigue visuelle, asociabilité, agressivité, nervosité, vertiges, troubles de la conscience et de l’orientation, voire crises d’épilepsie et nausées, repli sur soi, échec scolaire, perte de la notion du temps, déshydratation et sous-alimentation. » Des mots durs, mais il faut que cela choque ! Je vous invite à consulter cette proposition de loi directement sur le site de l’assemblée.

Qu’en conclure ?

On n’est pas dans la merde, avec cette histoire de double attentat en Norvège, il est fort à parier que les gouvernements remettent sur le tapis la question des jeux vidéo en n’oubliant pas de faire tout un tas d’amalgame.
Alors bientôt un permis pour pouvoir jouer aux jeux vidéo ? Quid des films ou livres qui sont aussi considérés comme des médias au même titre que les jeux vidéo ?

Cet article ne reflète que mon sentiment actuel et ne peux en aucun cas faire office de pensée générale de la part de la communauté de T’as Pas 1 Po.